Le paysan, sa fille, son chien, et le troubadour

Un conte moral en vers

* * * * *

Hors donc, en ce temps-là vivaient en terre lointaine
Un paysan rustaud, sa jeune fille, et sa chienne.
Habitant un taudis, crasseux et sans hygiène,
Il puait tant et tant qu’on en perdait l’haleine.

Sa douce enfant chérie, accorte demoiselle,
N’avait pas d’odorat, bienheureux don du ciel.
Elle ne sentait donc pas la puanteur infâme,
Que dégageait son père et n’en faisait pas drame.

Seule à souffrir cela, la chienne au meilleur flair
Détalait en pleurant, dès qu’approchait le père.
Et le pauvre animal, rampant, tremblant de peur,
Fuyait, sans le pouvoir, l’insupportable odeur.

Vint à passer par là un simple troubadour,
Errant à l’aventure pour mieux chanter l’amour.
Il allait ça et là, comptant sur son bagout,
Pour trouver le coucher et un bol de ragoût.

C’est en voyant la fille du puant laboureur
Qu’il crut avoir enfin  trouvé le vrai bonheur.
Penchée dessus les choux, les raves et les radis,
Elle exhibait sans honte sa croupe rebondie.

Elle avait relevé, pour être plus à l’aise,
Sa jupe, ses jupons, et le reste, à Dieu ne plaise.
La belle se croyant seule, et vivant loin de tout,
Avait moins de pudeur qu’une truie dans la soue.

-« Holà, Damoiselle ! Quelle est donc votre peine,
Pour que vous la cachiez en ces terres lointaines ?
Onc n’ai vu si belle dame qu’au bras d’un grand seigneur ! »
Lui dit le troubadour, en maître beau parleur.

La belle en question se releva et fit face
A l’homme qui causait avec autant de grâce.
Ce faisant elle révèle à l’aède ébahi
Un corsage qui, ma foi, semblait fort bien rempli.

Découvrant qui parlait, elle fit la révérence,
Oubliant par là-même son manque de décence.
-« Avec les fesses à l’air et la poitrine au vent,
Pensa le troubadour : Quel spectacle charmant ! »

En voyant la lueur dans l’œil du visiteur,
La vilaine sentit naître une douce langueur.
Elle rajusta sitôt ses jupons, son corsage,
Et s’enquit, souriante, du but de son passage.

-« Ma toute belle, dit en s’inclinant le troubadour,
Je suis poète, jongleur de rimes, faiseur de tours,
Je vais où va le vent, où ma muse m’appelle,
Pour déclamer mes vers, chanter mes ritournelles ! »

-« Un artiste ! Quel bel homme! » Se dit la demoiselle.
Bien qu’elle n’eut que le fils du voisin pour modèle,
Un garnement très laid, et moins qu’ intelligent,
Et son père, un brave homme, mais combien repoussant.

Voyant en ce jeune homme un possible mari,
Elle l’invita de suite à la suivre au logis,
Ou il aurait manger et boire tout à loisir,
Et s’il aimait la paille, il pourrait y dormir.

remerciant son étoile, le malin troubadour
Lui emboita le pas en pensant à l’amour,
Qui, on ne sait pourquoi, frappe sans prévenir,
Et perce de sa flèche sans jamais coup férir.

En arrivant enfin à la pauvre chaumière
Il eut le cœur serré en voyant sa misère,
Mais à la puanteur que dégageaient les lieux,
Il n’eut plus qu’une envie, c’est d’y bouter le feu.

Il entra malgré tout derrière la jeune fille
En prenant bien grand soin de boucher ses narines.
L’odeur à l’intérieur était encore plus forte
Au point que, en entrant, les mouches tombaient mortes.

Le poète soudain se sentit défaillir,
Et les larmes de ses yeux commencèrent à jaillir.
Mais il ne devait pas montrer là sa faiblesse,
Et repris contenance pour plaire à la drôlesse.

Elle le regardait d’un air apitoyé,
Se demandant soudain si elle avait bien fait
D’amener à son père cet homme qui lui plaisait,
Mais qui semblait bien faible, peu apte à labourer.

Soudain s’approcha d’eux, tremblante, l’échine courbée,
Une chienne bâtarde, vraiment laide à pleurer.
Elle lécha la main de sa jeune maîtresse,
En remuant la queue, comme pour lui faire liesse,

Puis renifla les chausses du joli ménestrel.
Enivrée du parfum qui se dégageait d’elles,
Elle se mit à sauter, prise de frénésie,
Se frotta à ses basques, même urina sur lui.

La belle la repoussa d’un méchant coup de pied,
Montrant qu’elle n’avait pas les manières qu’il sied.
Puis elle mena au père son nouvel amoureux,
Espérant en son cœur qu’ils s’entendraient tous deux.

Celui-ci se tenait assis au coin de l’âtre,
et réchauffait ses mains au pauvre feu jaunâtre.
Le poète s’approcha, prêt à se présenter
A l’homme dont il voulait la fille courtiser.

A ce moment le père eut un fort bâillement,
Lui envoyant au nez, sans avertissement,
Une bouffée d’un air tellement  pestilentiel
Que notre troubadour sentit s’ouvrir le ciel.

Une odeur de latrines, de vase marécageuse,
Et autres émanations aussi calamiteuses
Assaillirent son odorat si délicat,
Et lui ôtèrent l’envie de quitter le célibat .

Laissant là la vilaine et son puant auteur,
Il s’enfuit promptement, poursuivi par l’odeur.
La chienne le suivit, éprise de cet homme,
A la voix tellement douce, et au si bon arôme.

Dès qu’il fut assez loin, il cessa de courir,
Et prit enfin le temps de vraiment réfléchir .
-« La donzelle est bien belle, et promet belle nuits,
Mais avoir tel beau-père ! Trop fort en est le prix !

Il regarda la chienne, toute en amour pour lui :
-« Cette bête est bien laide, cela je ne le nie,
Pourtant si je la garde, elle me sera fidèle,
Au contraire d’une femme, aussi bonne soit-elle.

Il caressa la chienne, lui baisa le museau,
Et il reprirent la route, comme deux tourtereaux.

Jowa59

Publié dans:  on 17 septembre 2009 at 15:29 Laisser un commentaire
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Sus au Virus!

Hier, mercredi 2 septembre 2009, notre patron nous a réunis pour nous faire part des nouvelles consignes mises en place pour éviter d’être contaminé par la grippe A. Parmi celles-ci l’interdiction de se serrer la main ou de se faire la bise entre collègues.Ca a fait tilt dans ma tête, d’ou le texte qui suit .

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Plus de petites bises, plus de poignées de mains,
Il faudra maintenant se saluer de loin.
Que vous soyez bisou où bien franche accolade
Mieux vaut cesser cela où vous serez malades.

Adoptons sans tarder les us et les pratiques
De nos lointains cousins d’au-delà l’Atlantique,
Un signe de la main, un « Hello ! » laconique,
Avouez franchement que c’est plus hygiénique.

La coutume charmante qu’ils trouvent « So Frenchy ! »,
Risque bien désormais de tomber dans l’oubli,
Et bien qu’ait de la classe le salut japonais,
Nos dos d’occidentaux en auraient vite assez !

On peut bien essayer l’ancienne révérence,
Mais ne risque-t-on pas de tomber dans l’outrance ?
Trois grands coups de chapeau puis s’incliner bien bas,
Il faut beaucoup de place pour saluer comme ça.

-Alors, me direz-vous, et le salut romain ?
Il a bien de l’allure, de cela je conviens,
Seulement quelques-uns y trouveraient à redire,
Au prétexte futile qu’il rappelle le pire.

Il nous reste bien sûr le vieux salut teuton,
buste raide incliné, claquement de talons,
mais un problème se pose : de sport sont nos chaussures,
Avec de tels chaussons, claquer sera murmure.

Lors je le dis bien fort et me fait le héraut
Des nouvelles consignes qui sauveront notre peau :
Pour sauver notre couenne du virus mexicain,
N’ayons tous qu’un seul geste : Salut Américain !!!

Jowa59

Publié dans:  on 4 septembre 2009 at 16:37 Laisser un commentaire
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Impromptu (ou variations sur un pétard).

Il me faut un pétard pour pouvoir me coiffer,
Pour asseoir mes arrières dans un siège baquet,
Pour me mettre en colère, ou bien encore braquer.
Mais pour bien faire la fête, je préfère le fumer!

jowa59
Publié dans:  on 1 septembre 2009 at 15:28 Commentaires (1)

Horoscope

J’ai sillonné les routes et scruté tous les cieux,
J’ai parcouru le monde, me suis usé les yeux,
à chercher mon étoile, celle qu’on avait dit
A moi seul destinée, à ma vie réunie.

Je l’ai cherchée partout, en tous points du Zodiaque,
J’y passais tout mon temps, devenant insomniaque.
J’ai vogué vers Neptune, chevauchant Sagittaire,
Et puis vers le Soleil, y rencontrant Cancer.

Ne la trouvant pas là, je filai vers la Lune,
Faisant un détour par les anneaux de Saturne.
Hélas aucune étoile dedans mon télescope !
Pourtant elle m’attendait, disait mon horoscope !

Retrouvant dans ma quête le courage du Lion,
Et ne voulant sans elle rentrer à la Maison,
J’osai saisir enfin le Taureau par les cornes,
Et décidai alors de voir le Capricorne !

Je le trouvai assis, écoutant les Gémeaux,
Tandis que le Verseau distribuait de l’eau.
Ils parlaient haut et fort en faisant de grands gestes,
Et montraient quelque endroit de la voûte céleste.

-« Où trouver mon étoile !? » Dis-je, les interrompant.
Ils froncèrent les sourcils devant l’outrecuidant :
-« Eh bien, mon jeune ami ! Serais-tu donc Bélier,
Pour foncer en ce lieu venir nous déranger ? »

Mortifié, je restai muet comme le Poisson.
-« As-tu perdu ta langue ? Serais-tu un poltron ?
Mettrais-tu en Balance ta raison et ta vie
En venant ici-même les Dieux mettre au défi ? »

Sur ce le Capricorne me jeta un regard,
A faire fuir le Scorpion, comme un vulgaire couard.
Vite je baissai les yeux, et, confus, bredouillant,
Je demandai pardon pour mon emportement.

C’est d’un ton adouci que le sage caprin
Me donna un conseil en me tenant la main :
-« Pourquoi chercher si loin celle qui t’est destinée ?
Ecoutes donc ton cœur, lui seul peut te guider. »

Je rentrais donc chez moi, l’âme remplie d’espoir,
Aimant déjà sans la connaître mon étoile du soir.
Le Sage avait raison, j’ai trouvé la plus belle :
C’est bien elle mon Etoile, ma Stella, mon Estelle !

Depuis ce jour béni, finis les horoscopes,
Les voyantes, les devins ! Jeté mon télescope !
Je n’ai plus besoin d’eux ! Foin de l’astrologie !
Car depuis que l’on s’aime, j’ai mon astre au logis !

jowa59